Garde à vue, gare à vous

2 12 2008

Un de mes amis a eu la chance d’être placé en garde à vue, il y a de cela quelques années.

Suite à l’affaire « Filippis », du nom de l’ex-Directeur de la publication de Libération, interpelé vendredi dernier dans des conditions plus que discutables, les pratiques scandaleuses de l’institution policière, en matière de garde à vue, commencent à être pointées du doigt.

Evidemment, la médiatisation du cas Filippis fait ressortir à la lumière toutes ces petites affaires dont on n’a jamais parlé soit parce que les victimes n’étaient pas des « personnalités », soit parce qu’elles refusaient de révéler sur la place publique ce qui leur était arrivé. Par honte ou simple pudeur.

Mais à mon avis, une troisième raison explique le silence entourant les conditions de la garde à vue. C’est l’habitude. Le fait de mettre à nu une personne ou de l’attacher au sol est désormais considéré par beaucoup de gens comme quelque chose de normal. En somme, l’humiliation publique est rentrée dans la norme. Pour s’en convaincre, il suffit de lire sur internet les réactions des lecteurs de journaux à cet évènement. En gros, une moitié se déclare choquée par les conditions d’interpellation de Vittorio de Filippis, l’autre moitié n’y trouvant absolument rien à redire. Certains s’offusquent même qu’un journaliste ose se plaindre et dénoncent par la même occasion le privilège qui serait attaché à cette profession de pouvoir se placer systématiquement au-dessus de la loi.

voici d’ailleurs un florilège de ces réactions bêtes et méchantes:

« si tu es puissant ou misérable

02/12/2008 à 09:15

Et bien ce proverbe ne semble pas exact….
Un journaliste de libération qui se croyait sans doute intouchable et qui, de ce fait, bartaveler impunément
s’est fait rattraper par une justice exaspérer par de nombreux refus à comparaitre.
Mettez vous un peu à la place de ce juge dont l’autorité
était bafouée.
C’est vrai qu’il n’est pas allé dans la dentelle
Personne ne parle de la personne diffamée.
qu’en pense t’elle? »

« 

citoyen

02/12/2008 à 09:06

un journaliste est un citoyen comme les autres ! Et par la même se présenter une une convocation de l’ autorité judicière ou policière ! et qui plus est faite par trois fois !
Ce tollé médiatique est un scandale !Cemui des médias parlé encore plus car il n’ est pas mentionné ce refus de se présenter ! Ce Monsieur devait sans doute se croire audessus des lois ! »

« 

STOP

02/12/2008 à 08:37

Les magistrats ne rendent toujours pas compte pour leurs erreurs judiciaires.
les journalistes s’imaginent qu’ils peuvent continuer à humilier leurs boucs emissaires sans jamais être poursuivis.
Les artistes avec leurs subventions, invités régulierement sur les plateaux tv nous imposent leur discours donneurs de leçon et en appellent à la « résistance »…
Mis pour qui se prennent ces nantis?
Ce matin le « maitre » duhamel sur RTL en rajoutait une couche en traitant le juge concerné « d’adjudant chef » qui devrait s’enroler dans l’armée….on a touché à ces copains…et il n’aime pas cela!
Que tous ces rigolos respectent les lois francaises …et arretent de nous bassiner avec le caractère particulier de leur profession! »

Ces internautes/citoyens ignorent sans doute que les pratiques policières dont a été victime le journaliste de LIbération sont proscrites par la loi. Très clairement et à juste raison. Il n’est nul besoin, en effet, de menotter et de mettre à nu un individu n’ayant pas été condamné et dont la dangerosité n’est pas avérée. Mais entre la loi républicaine et la réalité, il y a parfois un cap…

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Je vous parlais au début de cet article du témoignage d’un ami, victime d’une de ces gardes à vue arbitraires et dégradantes :

« Je me réjouis que cette interpellation permette de mettre en lumière des pratiques policières qui sont hélas quotidiennes en France, et ce depuis plusieurs années.. Pour ma modeste part, pour la simple raison que j’ai osé me promener dans le plus simple appareil dans mon propre salon (soi-disant visible des fenêtres de l’hôtel d’en face), j’ai eu droit au traitement suivant :
– descente de police en pleine nuit, coups violemment frappés à ma porte, coups de téléphone répétés ;
– convocation et maintien en garde à vue, avec tout ce qui s’ensuit : mains menottées dans le dos pour le transfert du commissariat au dépôt (y compris dans la rue) ; mise à nu intégrale et prolongée (à deux reprises) ; nuit passée dans une cellule balayée par le vent et remplie d’excréments, puis dans un dépôt aux côtés de prévenus agressifs ; intimidations et menaces en tous genres ;
– après m’avoir fait infliger une amende, nouvelle convocation au commissariat, assortie de nouveaux coups de téléphones insistants, pour prélever mes empreintes ADN !!!
De nombreux citoyens sont victimes tous les jours de ces pratiques scandaleuses. Ils se taisent, car ils ont peur et honte ; ils n’ont surtout pas la chance d’être journalistes et de pouvoir porter leur révolte sur la place publique… C’est une chance, aujourd’hui, que la mésaventure de M. de Filippis permette de dénoncer l’incroyable impunité dont jouit la police française.

Noël Herpe »