La société de sévices

21 11 2008

Tout à l’heure, je consultais ma dernière facture téléphonique et une fois de plus, je fulminais. En somme, rien d’anormal dans mon quotidien.

Le coût de la téléphonie mobile me paraît toujours aussi exorbitant et les règles de facturation on ne peut plus incompréhensibles. C’est à croire que ce genre de société de service n’a pour seul objet, pour unique vocation que d’escroquer le consommateur, le berner, le flouer et ainsi engranger et multiplier ses bénéfices, dans une course effrénée qui n’a pas de fin. Au final, le fait de rendre service au consommateur ou au citoyen moyennant une juste rétribution, ne semble plus être une motivation prioritaire.

Et pourtant, grâce à une ingénieuse – et néanmoins agressive – politique marketing, les apparences sont sauves.

Après avoir pris connaissance de ma dernière facture, je contacte le service client de SFR, qui est, vous l’aurez compris, l’heureux distributeur de ma ligne téléphonique. Naturellement, je me plains auprès de la téléopératrice de toute une série d’anomalies, dysfonctionnements et abus. Téléopératrice qui assure me comprendre et qui me déballe la logique implacable des contrats me liant à SFR. Ma dernière facture étant désormais intégralement justifiée, je n’ai plus qu’à remercier mon interlocutrice.

Evidemment, après coup, en prenant mon bain, je réfléchis à toute cette histoire et me dis qu’effectivement, je ne peux me passer de SFR, au risque, dans le cas contraire, de me retrouver sans téléphone et exclu socialement. Tout comme la téléopératrice qui a besoin de ce travail pour se nourrir et se loger, je suis dépendant de l’implacable logique mise en place par cette société. Même si, bien entendu, ma dépendance n’est pas tout à fait du même ordre.

Alors que le temps passe, toujours dans ma baignoire, je réalise aussi que notre société de service est également et peut-être avant tout une société de sévices. Je ne dois pas être le premier à en prendre conscience. Mais la violence des gens, que l’on ressent partout, dans la rue ou à la télévision, cette espèce d’atmosphère de guerre civile qui s’installe au fur et à mesure doit sans doute beaucoup à la brutalité de ces organisations, devenues aujourd’hui incontrôlables et dont nous subissons quotidiennement les assauts.

Charles Comman/Otto Lustig