Carnet intime de Nicolas S. (suite)

16 12 2008

Une étrange journée…

D’abord, je reçois un rapport de la DST qui m’informe d’une incroyable nouvelle: ma femme de ménage attitrée à l’Elysée serait une sans-papier! Je suis tombé des nues! Cinq ans que Rodrigua travaille à mon service, Place Beauvau d’abord, rue du Faubourg Saint-Honoré ensuite. Et je ne m’étais rendu compte de rien, moi qui suis pourtant un fin limier après deux années à la tête de la Police.

Tout à l’heure, je l’ai observé à la dérobée alors qu’elle passait du plizz sur les meubles de mon bureau. Moi, je passais un coup de téléphone à Strauss-Khan (qui me racontait en long et en large sa dernière aventure extra-conjugale). Et soudain, perdu dans mes pensées et franchement peu intéressé par le récit de mon interlocuteur, le doute m’a pris. Devais-je la dénoncer à Brice?

La question n’était pas anodine. Brice ayant eu du mal à atteindre ses quotas, ce serait une manière pour moi de lui filer un coup de main. Un de plus. Et puis, en janvier, il quittera son poste actuel de Ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale pour un grand ministère social. Si Rodrigua était prise la main dans le sac, ce serait en quelque sorte le couronnement de sa carrière.

Alors, que faire?

Je me tâte. Il suffit parfois d’un simple appel téléphonique…

Tout d’un coup, une frayeur: en passant du Bref Vitre sur la lampe qui orne mon bureau, l’oeil de Rodrigua a, je crois, traîné sur mon brouillon, sur ces lignes. S’est-elle aperçu de quelque chose? A-t-elle senti ma gêne?

Non. Je deviens paranoïaque. Comme François (Fillon).

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Il faut que je parle de Carla maintenant. Car c’est l’autre grande surprise de la journée.

Elle a eu une idée…comment dire…assez saugrenue: se faire livrer un piano à queue Yamaha et l’installer dans la salle contiguë à mon bureau où elle a l’habitude de réviser ses gammes. Et voilà qu’elle chante accompagnée au piano à présent! Comme si sa voix ne suffisait pas! Maman a tout essayé pour me faire aimer le piano quand j’étais gamin (cours avec un professeur particulier, écoute forcée de concertos pour piano…) mais toutes ses tentatives ont été vouées à l’échec! Je déteste le son que produit cet instrument, c’est tout…

Passons…

Je suis en tout cas arrivé à la conclusion qu’il n’est plus possible de travailler sereinement à l’Elysée. Alors, je vais peut-être devoir me réfugier chez un de mes ministres. Chez Alliot-Marie? Ce serait pratique puisqu’elle travaille tout à côté. Mais je ne supporte pas cette femme (c’est vraiment par intérêt politique que je l’ai nommée). Chez François? Non, on ne se parle plus depuis longtemps même si on feint la bonne entente. Chez Brice? Peut-être. C’est la solution la plus évidente…

Tout à l’heure, Claude (Guéant) est venu me supplier de faire quelque chose… C’est donc qu’il y a urgence.

D’ailleurs, je ne sais pas si le lien de cause à effet peut être établi mais je sens une migraine qui monte, qui monte en puissance et qui prend possession de mon cerveau. Pardon, de mes six cerveaux…





Carnet très intime de Nicolas S.

15 12 2008

Aujourd’hui, déjeuner en compagnie d’Edouard Balladur, mon ancien mentor. Heureusement, il est venu sans sa femme, Marie-Josèphe, clouée au lit en raison d’une gastro-entérite foudroyante et sans son chien, Auguste, un caniche milanais qui s’est échappé du domicile familial du seizième arrondissement il y a de cela quelques jours. Ces trois-là réunis m’ennuient encore plus qu’un Conseil des Ministres ou un tête à tête avec Michèle Alliot-Marie. C’est dire le calvaire auquel j’ai échappé…

Lui et moi, nous continuons de nous vouvoyer comme au bon vieux temps sous Mitterrand, sauf que maintenant, dans la hiérarchie politique, c’est moi qui le dépasse, qui suis au-dessus. J’ai le titre de Président de la République, et au regard de l’Histoire, il restera au mieux un Premier ministre de cohabitation. Alors, pour marquer ma supériorité, je devrais peut-être le tutoyer la prochaine fois.

Ce qui donnerait: « Edouard, je te passe le pâté? »

Pendant le repas, il s’est absenté à plusieurs reprises. Sans doute souffre-t-il d’une infection urinaire ou quelque chose comme ça. A moins qu’il n’ait ressenti le besoin de se repoudrer ou replacer sa perruque. A la troisième absence, je me suis dit qu’il devrait se faire apposer une sonde ou alors porter des couches ou des serviettes. Mais comment parler aussi crument à un homme persuadé de vivre encore sous l’Ancien Régime?

Il y a des schizophrènes qui ont été internés pour moins que ça.

Mon plus jeune fils, Louis, me cause de plus en plus de soucis. Hier, roulant dans la rue à Neuilly sur sa trottinette, il est rentré dans le vélo d’un adolescent, lequel s’est retrouvé à terre sous l’effet de l’impact. Mais au lieu de lui porter secours, Louis s’est enfui. L’adolescent accidenté a évidemment porté plainte pour coups et blessures, non-assistance à personne en danger et délit de fuite. J’espère que cette affaire ne finira pas au tribunal. Sinon, je devrais encore intervenir auprès des juges.

Et ce soir, comble de malchance: Carla vient d’arriver et révise ses gammes à l’Elysée, dans la pièce contiguë à mon bureau, croyant en cela me faire plaisir. Mais le résultat, c’est que je ne peux pas travailler sereinement alors que la crise nécessite de ma part une mobilisation de tous les instants. Impossible de me concentrer. Les murs tremblent et tout à l’heure, pendant que j’écrivais un courrier à Angela et que je cherchais une formule de politesse, j’ai vu le lustre trembler.

Je n’ose pas avouer à ma petite Carla combien j’abhore sa musique depuis le début de notre relation. Au moins, Cécilia se contentait de parler.