Supernova

19 04 2009

Relevé n° 7945 des événements marquants de la journée de Léo.

A 8 heures 16, Léo s’est levé sans difficulté, quelques minutes seulement après avoir ouvert les yeux une première fois. Il s’est douché et habillé avec les vêtements d’usage dans la salle de bain, et, dans la cuisine, a pris entre 8 heures 43 et 9 heures 02 son petit-déjeuner, composé d’un café au lait, d’un jus d’orange, d’un croissant et d’une pomme. Puis Léo s’est installé sur une chaise longue au bout de la terrasse Est, d’où il a profité d’un agréable soleil matinal. Au centre du Territoire du Nord, la température atteignait 22°c à l’ombre et l’horizon était parfaitement dégagé selon le relevé de 11 heures de la Météo nationale.

Après un moment d’assoupissement et de contemplation, Léo a ouvert un nouveau livre réservé la veille par ordinateur à la bibliothèque du BSI, « Connaissances de l’infini » du Professeur Howard Hugues. Il a lu cet ouvrage (recommandé par ses parrains) avec beaucoup d’attention et ne s’en est détourné que pour aller aux toilettes, à 11 heures 34, ou boire un thé à la menthe en plusieurs gorgées. Un fond de tasse froid et amer l’a amené à reposer la soucoupe sur le sol ; et celle-ci n’ayant plus été bougée de position de toute la journée, peut-être Léo la découvrira-t-il demain, au hasard de ses allées et venues.

Après la fermeture du livre à la fin du chapitre III – page 112, Léo s’est levé pour rejoindre le bureau du premier étage en suivant l’itinéraire le plus long, avec un détour par le salon et la salle à manger alors qu’un couloir mène directement à l’escalier. Une éventuelle réitération de cette décision irrationnelle les jours prochains jetterait le doute sur sa capacité de logique et son inclination à l’efficacité (avertissement de niveau 1 déjà formulé dans les relevés 5 771, 7 300, 7 387 et 7 844).

En montant l’escalier, Léo a trébuché sur la douzième marche et ne s’en est sorti qu’au prix d’un improbable mouvement de bras, en l’allongeant de tout son long et en attrapant la rampe de justesse. Suite à cet incident – heureusement sans gravité, il a pris soin d’inspecter le tapis ainsi que la barre d’accroche, laquelle, justement, tenait mal. Il a suffi d’un coup de pied assez sec pour que le clou s’enfonce à nouveau dans le bois.

À midi pile, Léo a tiré les rideaux et allumé la grande lampe située à droite, au fond du bureau. Là, une fois confortablement assis, il a poursuivi l’écriture de ses mémoires sur un des cahiers fournis par le BSI, au vu et au su des observateurs du Bureau. Aujourd’hui comme les jours précédents, Léo n’a pas semblé gêné par le récit de son intimité ou l’exploration de son subconscient devant les caméras. Par cette attitude relâchée et affranchie, Léo prouve une fois encore l’innocuité de ses sentiments et sa confiance absolue en ses parrains. D’ailleurs, dans son journal, il fait mantes fois référence à ses relations privilégiées avec le personnel du BSI et à son sort, finalement très enviable.

Cependant, exception notable, l’inspiration semble lui avoir quelque peu manqué ce jour. Léo a écrit assez lentement (8,9 mots par minute) et raturé sans cesse, de sorte qu’il n’a pu venir à bout du second chapitre, en dépit de sa brièveté prévisible. Ce blocage ne devrait pas, normalement, prêter à conséquence ; des obstacles de cette nature l’ont déjà ralenti par le passé et, chaque fois, il a su les surmonter grâce à un sursaut de concentration.

A 13 heures 10, Léo est sorti de la maison pour rejoindre à pied la grille d’entrée. Après un kilomètre de marche, il a pu récupérer son déjeuner et son dîner dans la boîte de transmission – tout en laissant sciemment de côté une boisson, en l’occurrence un jus d’orange. Ces revirements se multipliant depuis une semaine (trois refus en l’espace de sept jours), il est préconisé de repenser les menus en concertation avec Léo (recommandation de niveau 2 déjà formulée dans les relevés 3 877, 3 901, 5 689, 6 112, 7 663).

Une fois de retour dans la maison, Léo a fait réchauffer son entrée (une tourte) ainsi que son plat principal (un mélange de pâtes et de légumes) dans le four à micro-onde de la cuisine. Puis il s’est installé à table dans la salle à manger, sur sa chaise habituelle, la plus haute et la plus majestueuse d’entre toutes (indice supplémentaire de son exigence et de son penchant à la domination). Comme à l’accoutumée, il a dégusté son repas en écoutant la sonate n°8 de Beethoven.

Otto Lustig

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One response

22 05 2009
Comman Constance

Toujours excellent. On attend une autre suite …

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