L’honorable juge Burgaud? par Yves Michaud

11 02 2009

Si on jugeait les juges comme la police et les gendarmes jugent les gens, c’est-à-dire sur leur binette, le juge Burgaud aurait du souci à se faire.
Il est raide, fermé, frileux, propre de la propreté des cadres performants à l’orée d’une carrière rapide.
Bref, il n’est pas sympathique.
J’espère que ce n’est pas encore diffamer quelqu’un que de dire qu’il n’est pas sympathique.
Je rappelle à toute fin utile que la sympathie dénote une capacité à se mettre en résonance avec autrui en termes de sentiments, à se mettre au diapason avec eux.

Il n’apparaît pas que le juge Burgaud ait eu beaucoup de cette sensibilité avec les embastillés d’Outreau. Il est assez normal qu’on n’ait pas tellement envie non plus d’entrer en sympathie avec lui. Quant à sympathiser, au sens populaire, non merci! Qu’on me permette aussi de me protéger derrière Daumier et ses terrifiants bustes de magistrats. Le juge Burgaud l’aurait surement inspiré. En regardant certaines trognes de notabilités en hermine sur les photos de la rentrée judiciaire de janvier dernier à Paris, je regrettais les temps de Daumier. Où sont donc passées notre liberté d’expression et le sens de notre propre dignité?

Le passage du juge Burgaud devant le Conseil supérieur de la magistrature aura confirmé tout le mal que l’on peut penser des magistrats et du monde judiciaire.
Voilà une corporation qui au nom de la séparation des pouvoirs, en invoquant un Montesquieu qui pensait exactement le contraire, s’exempte de toute responsabilité, se serre les coudes de manière impudique, réitère sans vergogne les pires accusations.
Juste un exemple. La pédophilie populaire est répandue dans les taudis du Nord nous dit en substance un magistrat du nom de Beauvais – comme si la bonne société ne faisait jamais rien de tel! On croirait entendre un supporter du PSG fabricant de banderolles anti-chtis.

Là-dessus, tous les experts, de la profession bien sûr, viennent nous dire tout le bien qu’il faut penser du juge Burgaud, de son acharnement (c’est bien le mot juste) au travail, de sa conscience professionnelle, de sa ténacité, de son ambition (re-mot juste).
Raison de plus de se débarrasser de ces petits juges si empressés à faire leur carrière, à monter en grade, à paraître dans les médias, ou à entrer en politique – et qui se croient tout permis.

Une anecdote personnelle: il y a deux ou trois ans, je fus agoni d’insultes par une juge d’instruction du tribunal de Nanterre lors d’un débat public à Caen sur la violence des jeunes. Elle savait tout, tranchait de tout et c’est tout juste si elle ne menaçait pas ses interlocuteurs de poursuites. Je gardai donc le silence durant tout le « débat » après ma première intervention interrompue par ses éructations, en me consolant d’un mot de Saint-Simon à propos de je ne sais quelle duchesse «elle était laide affreusement, et de taille et de visage, c’était une grosse vilaine harengère sur son tonneau». Surtout je comprenais tout à Outreau, avec littéralement un froid dans le dos: que peut-on faire face à des gens aussi haineux et aussi sûrs d’eux, surtout quand on vient de vous ôter les menottes au sortir du fourgon?

Il y a en tout cas une chose que je sais et pour laquelle le juge Burgaud ne pourra pas me poursuivre.
Lors de son passage devant la commission parlementaire, alors qu’il comparaissait devant les représentants élus du peuple français, entouré de ses deux avocats (dont on se demande bien pourquoi ils avaient été autorisés à interférer), en réponse à une question sur le pourquoi de l’absence de prononcé d’un non-lieu pour Jean-Marc Couvelard, ce handicapé profond incarcéré pour viol alors qu’il ne pouvait même pas s’habiller seul, le juge Burgaud répondit qu’effectivement il aurait du (pu) bénéficier d’un non-lieu – puis il se tourna vers ses avocats pour leur demander en voix off en une phrase qu’on entendit très distinctement, qui faisait honte à entendre et qui résonne toujours en moi comme une honte: «C’était ça qu’il fallait dire?»

L’honnête et inflexible juge avait déjà en vue sa protection contre toute sanction professionnelle. Ma carrière, ma carrière! Ai-je dit ce qu’il faut pour ma carrière!
Sauf que le juge Burgaud oubliait qu’avant sa déposition il avait prêté serment devant ces mêmes représentants du peuple et que les paroles prononcées sous serment ne tombent pas sous la catégorie des choses qu’ «il faut ou ne faut pas dire» selon ce qui vous est utile, mais qu’elles doivent être dites en véracité et en vérité. Quelqu’un qui qui est capable de cette interrogation off, alors que lui-même dans sa profession demande sans cesse aux autres de témoigner sous serment, ne peut pas ensuite venir protester de son intégrité. Plus jamais.

Et pour moi, depuis cette énormité, qui aux USA (on y trouve quand même de bonnes choses!) aurait valu au juge Burgaud une condamnation immédiate à de la prison ferme pour parjure, la cause est entendue: cet homme n’est pas honorable.

http://traverses.blogs.liberation.fr/yves_michaud/

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