La mort, une obsession notoire

4 02 2009

Je crois que la mort m’a toujours obsédé.

Moins la mienne, d’ailleurs, que celle des autres. En angoissant sur vous et pour vous, messieurs, dames, j’évite de trop me pencher sur mon propre cas, de me poser des milliards de questions, de m’interroger quant à « l’après », de ressentir l’effroi de l’inconnu et de l’au-delà. Et si je ne procédais pas ainsi, je risquerais bel et bien d’augmenter en proportion l’angoisse dont il est ici question et qui me travaille déjà presque jour et nuit, autant dire quasiment tout le temps. Mais encore une fois, pour vous. Autour de votre mort à vous. Pas de la mienne. Au supermarché quand je fais mes courses, dans la rue en flânant, chez moi lorsque j’écris ou bien durant mes conversations téléphoniques avec telle ou telle opératrice de je ne sais quelle société. Oui, jusque dans ces moments-là si particuliers et en même temps si banals, je pense à votre mort.

Et c’est une forme d’altruisme. C’est ma façon à moi d’être généreux, d’avoir le souci de vos vies. Oh bien sûr, on pourrait encore m’accuser d’être un individualiste, de ne penser qu’à mon bien-être en vous mettant ainsi en avant, en pensant à votre fatal instant plutôt que d’envisager le mien. Soit. Disons qu’il y a une part de vérité dans cette accusation. Je suis d’une certain façon un égoïste quand bien même je prends soin de penser systématiquement à vous.

Mais reconnaissez-le: je suis exclusif ou narcissique – utlisez le terme qui vous convient, à ma manière, avec une certaine élégance. D’ailleurs, je reste très discret sur ce sujet. Je garde pour moi ces images atroces de vos fins de vie qui me viennent parfois. Je ne vous dis rien pour vous protéger et respecter votre silence quant à cet aspect très intime de votre existence. Et puis je sais pertinemment quels tourments pourraient vous assaillir si jamais je vous racontais ce terrible accident de voiture qui bientôt déchiquètera votre tête ou alors cette étonnante maladie, assez rare heureusement, mortel hélas, qui commence par attaquer le foie avant de s’en prendre à l’estomac et puis finalement au rectum.

Au fond, si je vous parle de tout ceci aujourd’hui, c’est pour vous prouver à quel point je veux votre bien.

Otto Lustig

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24 03 2009
AP

La date de publication n’est pas un hasard. Ce jour là tu as eu quatre ans. L’effet domino, c’est tous les ans.

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