Intérêt et logique du trou

22 12 2008

Je voulais vous faire partager mes réflexions quant à l’intérêt et à la logique du trou. Cela ma pris ce matin au réveil. Je me suis dit que cette journée ne pourrait se dérouler normalement si je n’obtempérais pas à cette exigence cervicale.

Voici donc le fruit de ma pensée.

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Un trou, au fond, à bien y réfléchir, est une sorte de frontière entre deux mondes. Mais c’est une frontière poreuse, c’est un point d’ouverture, une petite route de montagne, où on ne sait pas ce qui peut advenir, où l’on plonge dans l’inconnu, les garde-frontière pourvant surgir au détour du chemin. C’est-à-dire que l’on peut légitimement craindre d’être freiné ou arrêté à tout moment.

Un trou signale un passage, le plus souvent vers des profondeurs insoupçonnées, vers un intérieur assez étrange qu’on ne connait pas. On traverse donc une surface quelconque, par une cavité, pour se retrouver complètement ailleurs, à l’étranger comme on dirait si l’on voyageait sur la terre pour sortir de notre terre natal, pour découvrir l’ailleurs. Mais la comparaison avec la thématique de la balade et de l’expédition s’arrête là, puisque un trou implique, n’est-ce pas, une profondeur. Or on ne visite pas les entrailles de l’Allemagne, on ne se rend pas par plaisir dans le centre de l’Italie, dans le sous-sol transalpin; bien que l’on peut s’amuser à explorer l’Etna ou les catacombes de Rome.

Passons…

Le trou peut être aussi bien naturel qu’artificiel. En effet, il peut s’agir d’une espèce d’excavation dans le jardin, et donc dans la terre, ou bien d’un orifice du corps. La plupart du temps, d’ailleurs, lorsque l’on utilise le terme « trou » pour un humain, on fait référence à cet endroit précis qui se trouve dans notre dos à tous, au centre des deux dunes, à leur embranchement pour être plus précis, et au creux de la vallée, juste dans la continuité du périnée. Vous voyez certainement à quelle partie de votre anatomie je fais ici référence.

Attention, je dois maintenant vous mettre en garde. Car le trou peut aussi être fictif. Ainsi, le trou de la sécurité sociale. Certes, ce trou est d’une certaine manière réel, il se compte d’ailleurs en plusieurs milliards d’euros. Les journaux en parlent depuis plusieurs années, sans doute pour nous inciter à le résorber en modérant notre consommation de médicaments, en absorbant par la bouche, une quantité jugée plus raisonnable de pilules. Mais, très franchement, on ne le voit pas ce trou. On ne le perçoit qu’à peine. On a même du mal à se le figurer, nous, simples mortels, parce qu’il n’est pas palpable, parce qu’il n’est pas incarné concrètement. Oh, peut-être que les comptables de l’Etat, eux, parviennent à le visionner, notamment lorsqu’ils analysent les relevés de compte des organismes sociaux. Ils se retrouvent alors avec des chiffres fantastiquement bas; leur calculette signale des pertes abyssales qui, effectivement, empruntent à la logique du trou. Et dans leur nuit, en plein cauchemar, sans doute se recréent-ils cette excavation dont la profondeur ne semble plus avoir de fin. Et même, nous pouvons imaginer qu’ils prennent le temps de parler à leur psychiatre des troubles du sommeil que leur cause ce fameux trou. A moins, bien sûr, qu’ils ne soient victimes d’un trou de mémoire qui, dans ce cas, les empêchent de raconter leurs rêves, fruit de leurs nuits agitées.

A ce propos, je dois quand même dire qu’un trou s’accompagne systématiquement d’une fonction. Fonction de passage, de transit, la plupart du temps, nous l’avons vu. Fonction d’expulsion aussi: un trou en mouvement sert en de maintes occasions à rejeter objets ou choses en tout genre. Fonction d’introduction également, introduction de matière ou introduction au vide. Vous voyez par vous-même que la logique du passage est chaque fois empruntée.

Poursuivons.

Le trou est peut-être la chose la plus répandue à l’échelle de l’univers. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’il existe davantage de trous que de matière, celle-ci étant elle-même constituée de trous. Et c’est là toute la force et en même temps le génie du trou, qui loin de se contenter d’exister en propre, se permet d’être une partie fondamentale de la matière, de ce qui n’est pas censé être trou. Car le trou est vide, rappelons-le. C’est en tout cas un appel au vide, ou plus justement une introduction vers le vide ainsi qu’on l’écrivait à l’instant.

Nous-mêmes, et il faut bien se le figurer, nous sommes transpercés de trous et donc de vide. Idée qui à bien des égards est susceptible de nous effrayer.  Si on devait nous compacter comme on le fait pour les carcasses automobiles, si jamais on nous mettait sous vide, il ne resterait plus grand chose de nous. Hélas. Peut-être une miette. Elle-même constituée de trous et donc de vide?

Je me souviens d’un professeur d’université qui interrogeant une innocente élève dans le cadre d’un examen oral, avait cru bon de retorquer, après que celle-ci eut évoqué « un » malencontreux trou (de mémoire) pour justifier son absence de réponse, qu’elle n’en avait pas qu’un seul, de trou. La pauvre enfant n’osa pas terminer son exposé et sortit de cette épreuve avec un misérable 5/20 qui, je crois, devait être fatal à son passage en année supérieure.

Où l’on voit que le trou est aussi synonyme de dangers. On en revient là à la perception qu’on en a et donc, quelque part, à sa fonction. Un trou, assurément, fait peur, effraie. Il peut même rebuter. Dans certains cas, il intimide complètement et bloque tout mouvement. Le premier venu ne peut s’aventurer dans un trou s’il n’est pas doté d’un minimum d’assurance. Peut-être alors devrions-nous songer à instaurer une formation continue au trou. Pour certains d’entre nous, ce serait bénéfique.

Le trou renvoie également à la notion de refuge. On a tout loisir de se cacher dans un trou, dans un coin perdu, dans une cave ou une caverne lorsque l’on est recherché et que l’on souhaite se soustraire aux autorités ou bien se protéger de criminels de droit commun qui veulent notre peau. Ou alors, on est enfermé de force, au trou, lorsque l’on représente un danger pour la société. On est embastillé, enfermé à double tour dans une cellule de laquelle on ne peut sortir qu’au prix de valeureux efforts.

C’est, par conséquent, aussi un peu de notre faute si le trou est si répandu; c’est parce qu’on le veut bien. En somme, on ne peut s’en passer, et encore à notre époque, pourtant très utilitariste, où le vide que l’on perçoit comme inutile, est combattu au jour le jour. L’industrie électronique dont on a aujourd’hui tant besoin, ne tente-t-elle pas par tous les moyens de diminuer la taille de ses produits en rognant sur les espaces inoccupés et bien sûr en réduisant le volume des composants ?

Alors, justement, pour porter une idée à contre-courant, je voudrais ici témoigner de l’utilité fondamentale du vide et du trou et appeler de mes voeux leur réhabilitation.

Charles Comman/Otto Lustig

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