Le chien: animal de cauchemar

8 12 2008

Cette nuit, j’ai fait un terrible cauchemar. Un cauchemar effroyable, un de ceux dont on se souvient au réveil et que l’on ne peut pas oublier le reste de la journée tant il a imprimé sa profonde noirceur dans notre mémoire. Et il en reste, non pas des traces ou des empreintes mais des cicatrices.

Ce cauchemar, le voici; je vous le livre tel quel, brut de décoffrage, ainsi que je l’ai vécu.

Dans mon deux-pièces parisien, j’étais allongé tranquillement sur mon lit, dans la position du dormeur. Et pourtant je ne dormais pas. Je ne parvenais pas à trouver le sommeil (alors qu’en réalité, puisque j’étais en plein cauchemar, je me trouvais dans cette phase de sommeil que l’on appelle communément paradoxale). Avouez que c’est assez étrange! Rêver de ne pas dormir tout en dormant réellement !

Ah, je vous préviens, c’est une histoire de fou et vous n’y couperez pas!

Donc, je suis éveillé et tout d’un coup, je vois surgir dans ma chambre un chien. Oui, un chien! Je n’en possède pas naturellement; vous connaissez mon aversion pour cet animal-là. Je n’aurais pas eu, moi, l’idée saugrenue d’adopter un chien. Ce serait proprement suicidaire vis-à-vis de moi et criminel quant au chien!

Mais passons, je m’égare.

Il n’y a personne d’autre dans mon appartement. Je suis célibataire, endurci dit-on mais ce sont des gens mariés, envieux de ma liberté sans doute, qui disent cela de moi. J’habite seul, en tout cas, et par peur des cambriolages, je n’oublie jamais de verrouiller les trois serrures de ma porte d’entrée. Ce chien n’a pas pu rentrer par cette voie-là. J’en mets ma main au feu (je suis toujours dans mon cauchemar cependant). Par une fenêtre peut-être? Non, je dors avec les fenêtres fermées car, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, nous sommes en hiver. Et moi quand je rêve, je respecte les saisons.

Alors?

Alors, je n’ai pas le temps de m’interroger davantage sur la provenance de ce chien, au demeurant sympathique.

Mais il doit s’agir d’une espèce de teckel à poil ras ou quelque chose comme ça. Pour vous le décrire brièvement, cet animal est court sur patte et possède des poils roux assez longs. Quant à sa gueule, je dirai, ma foi, qu’elle est très longiligne. Ce qui lui donne un air de manche à casserole. Je suppose que vous le visionnez maintenant.

Au bout d’un moment, je finis tant bien que mal par sortir de ma torpeur, pour me lever et tenter de maîtriser ce chien d’une manière ou d’une autre; ce chien qui s’avance dans ma chambre et commence à vouloir monter sur mon lit d’où un début de panique. Mais voilà qu’un deuxième animal apparaît, en tout point semblable au précédent. Et en voici un troisième et même un quatrième et ainsi de suite. C’est un véritable déversement, une espèce d’invasion. Une épidémie! Le père est accompagné de toute sa famille, oncles, tantes et neveux compris. A moins que j’aie affaire à une ribambelle de frères jumeaux.

A ce moment, je me dis que je suis fou. Fou! Fou à lier. Taré si vous préférez. Mais durant ces quelques secondes,  je suis pétrifié. Fou assurément mais pétrifié face à quelque chose d’aussi inexplicable. Qui d’ailleurs persiste et s’amplifie. Au bout d’une minute peut-être, ils sont déjà une vingtaine dans ma pièce, tous me regardant d’un air…compatissant. Oui, c’est ça: compatissant, miséricordieux. Alors que moi, bien évidemment, je ne leur ai rien demandé à ces chiens!

Et puis, ils se retrouvent maintenant à une trentaine dans ma pièce, figurez-vous. Je me réfugie dans un coin entre deux murs, au-dessus de mon lit, et nu, oui nu comme un ver, absolument paniqué par ce qui m’arrive. Et dans le délire qui me gagne, je me mets à les compter tous, un par un, mais difficilement, parce qu’il y en a partout et qu’ils envahissent le parquet et qu’il est bien difficile de les reconnaître entre eux puisqu’ils sont absolument pareils. Identiques!

Et puis, je me réveille en sursaut, comme ça. En un claquement de doigts. Et je me redresse brusquement  tout en ayant la crainte – non, la certitude, de vivre ce cauchemar et d’être forcé d’imaginer tout de suite une solution pour m’extirper de ce traquenard. Et c’est là, grâce à la lueur lunaire, oui, c’est là, tapi dans l’ombre, que je me rends compte d’une chose proprement hallucinante : c’est que ma chambre est vide, qu’elle n’abrite pas de chien et que j’ai complètement rêvé toutes ces images, ces sons, ces angoisses qui me viennent.

Et là quel soulagement, quel bien-être infini! Oh mon dieu, si vous saviez, c’est comme si un dentiste m’avait retiré une de ces vilaines dents de sagesse. Ou comme si je m’étais dégagé d’une sale histoire, d’une tentative d’agression qui aurait pu très mal tourner.

Quel soulagement!

Là, évidemment, mon cauchemar se termine et je peux reprendre mes esprits et me calmer.

.

***

.

Je pourrais poursuivre mon récit. Mais la suite de cette histoire est banale et par mesure de préservation, je ne vous l’infligerai pas. Sachez, cependant, que ce matin, j’ai ouvert mon journal, assis tranquillement à ma table, devant mon bol de café. Et en parcourant la page des faits divers, je suis tombé sur ceci:

« Un couple de septuagénaires de Castelmoron-sur-Lot (Lot-et-Garonne) s’est vu retirer 58 des 67 chiens qui cohabitaient avec eux dans un deux-pièces, a-t-on appris aujourd’hui auprès de la direction départementale des services vétérinaires. Les chiens, dont la race n’a pas été précisée, ont été confiés à la SPA et placés dans un chenil. Mais d’après des sources concordantes, il pourrait s’agir de teckel à poil ras.

Les services vétérinaires, appuyés par la gendarmerie, sont intervenus conformément à la réglementation du code rural indiquant que l’on peut qualifier de « mauvais traitement le fait de ne pas s’occuper suffisamment de ses animaux ou de ne pas les maintenir dans un environnement adéquat ».

Les personnes âgées, qui ont pu garder neuf chiens grâce aux dispositions de la loi, nourrissaient correctement leurs animaux de compagnie. Un procès-verbal a été transmis au procureur de la République de Marmande, et celui-ci pourrait décider d’éventuelles poursuites judiciaires. »

Charles Comman/Otto Lustig

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