Suis-je Dieu?

1 12 2008

Cette question, je me la suis posé des centaines de fois. Oh quand j’étais petit, à une époque où je n’avais pas conscience des choses et où je pouvais me permettre ce genre de lubies.

Tiens, à l’âge de neuf ans, par exemple. Oui, je m’en souviens très bien: régulièrement, je me demandais si, à tout hasard, Dieu ne pouvait pas être moi. Et réciproquement. Mais attention! Je n’y pensais pas tous les matins devant ma glace en appliquant de la crème hydratante sur mon visage. Non, simplement le soir avant de me coucher, disons une fois par mois. Peut-être davantage pour être honnête.

Qu’est-ce qui a bien pu me mettre sur cette voie si dangereuse?

Sans doute, déjà, la peur de la mort et l’envie d’un destin hors du commun à la Edouard Balladur. Et puis, après tout, aucun des adultes en charge de mon éducation n’avait pris soin de m’expliquer – et a fortiori de me prouver – que j’appartenais au monde des hommes.  Alors, forcément, je doutais. Pire, j’envisageais assez sérieusement la possibilité d’une nature divine.

Cette vague croyance ne devait pas durer bien longtemps. Rassurez-vous. Tôt ou tard, avec l’entrée dans l’adolescence et la découverte de ma sauvagerie, j’allais apprendre bien des choses, et plus particulièrement sur : mon impureté, les limites à ma puissance et finalement mon impuissance.

Je dois dire cependant qu’un évènement majeur ôta toute espèce d’hésitation en moi.

Le jour de ma « première confession » (à l’âge de 13 ans), le Père Penzo qui était également le directeur de conscience du Prince Rainier III, me fit entrer dans le confessionnal pour me demander, sur un ton compatissant, si j’avais des choses à me reprocher. Comme c’est de coutume.

Après mures réflexions, je reconnus, mais à demi-mot, que certains soirs effectivement, je refusais de débarrasser la table lorsque mes parents me le demandaient. Je pensais que cet aveu ferait son effet et que le représentant de Dieu à Monaco se satisferait de cette révélation. Mais non! Le prêtre, aussi curieux que les caméras de surveillance (qui parsèment le territoire de la Principauté), en demandait plus.

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Je n’avais pourtant rien à me reprocher! De l’avis unanime, j’étais un enfant modèle. Au Columbia Palace, l’Immeuble de Grande Hauteur dans lequel ma famille habitait, les vieilles lady ou les madones originaires de Milano n’avaient d’yeux que pour moi et louaient devant le concierge la sagesse précoce du petit garçon du deuxième étage.

Toutefois, ayant toujours cherché à satisfaire mon prochain, je ne voulais pas être la cause d’une quelconque frustration chez mon confesseur. Alors, plein de bonne volonté, je m’accordai quelques secondes de réflexion afin de m’inventer un tort. N’importe lequel du moment qu’il ne diminuait pas ma valeur ni ne remettait en cause l’honneur de ma famille. Et tout d’un coup, ne trouvant vraiment aucune autre réponse, et d’un ton absolument serein, je lâchai cette terrible confidence à l’oreille du prêtre :
« Je suis le fils de Dieu. »
Les conséquences de cet affront furent absolument dramatiques.
Je connus à treize ans la déchéance sociale et psychologique la plus totale. Le Père Penzo ne m’amena plus servir à ses côtés dans la chapelle privée du Palais – privilège qui me permettait d’apercevoir les figures tutélaires de la famille Grimaldi. Bien pire, je fus exclu du jour au lendemain du groupe des premiers enfants de cœur dont l’appartenance offrait de multiples avantages et prérogatives : proximité avec le Père Penzo pendant la messe ; possibilité de lire un texte biblique au cours de l’office devant toute l’assistance ; autorité sur les autres enfants de cœur.

La modestie à laquelle on me ramena brutalement me fit comprendre et réaliser que, décidément, je ne pouvais être Dieu.

Depuis, à cause de ce que l’on appelle communément les « accidents de la vie », je n’ai plus eu d’incertitudes à ce sujet…

Charles Comman/Otto Lustig

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2 responses

6 12 2008
Arthur

Bravo !

Superbe texte !

16 12 2008
effetdomino

C’est sûr que c’est mieux que tes « textes ».

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