Une histoire de cannibalisme

22 11 2008

Avant-hier, quand les policiers sont entrés chez Armando, ils ont d’abord été surpris par l’odeur. « On aurait dit qu’on pénétrait dans une décharge tellement ça empestait », souffle Emilio Solis, commissaire de police.

Dans la cuisine, posée sur une plaque de cuisson encore brûlante, les enquêteurs ont trouvé une casserole contenant des quartiers de viande. Sur la table de la salle à manger, un plat empli de tranches de cette viande. Et, juste à côté, un pot à moutarde. « Il s’apprêtait à dîner », assure Emilio Solis. « Il s’apprêtait surtout à dévorer son épouse », affirme le Procureur de la République interrogé par une chaîne de télévision du Venezuela. « Dans le freezer, nous avons retrouvé un pied et une paire de seins… » Ceux de sa petite amie, Ernesta.

Tout commence il y a quatre mois, dans un restaurant du centre-ville de Caracas. Armando, 35 ans et artiste-peintre de profession, y fait la rencontre d’Ernesta, une avocate de 29 ans. Sous le charme de cette femme à la fois brillante et séduisante, il entreprend de la conquérir en lui offrant une multitude de ses toiles et en dépensant le peu d’argent qu’il a pour elle : chaque jour, il l’invite quelque part, à l’opéra, au cinéma, au théâtre.  Cette persévérance finit par porter ses fruits : au bout d’un mois, le jeune peintre peut venir s’installer chez Ernesta. « Leur histoire d’amour s’annonçait comme la plus belle de l’année », glisse ironiquement le commissaire.

Le 8 juin au soir, une violente dispute éclate entre eux, en pleine rue. Ernesta vient d’annoncer à son peintre qu’elle a fait la rencontre d’un autre homme et qu’elle est tombée amoureuse de lui. En somme, elle veut quitter Armando. « Cette nouvelle l’a complètement déstabilisée », croit savoir Emilio Solis. Armando l’a frappée à mort sans doute en lui administrant des coups de poing très violents. Ensuite, il a enfermé son cadavre dans un cagibis. Il est allé se coucher et pendant deux jours, n’a plus retouché au corps de la victime, selon les explications qu’il a fournies à la police. Puis, un soir alors qu’il n’avait plus ni nourriture ni argent, il a rouvert le placard, en a sorti le cadavre et à l’aide d’un couteau de cuisine l’a découpé en morceaux comme s’il s’agissait d’une carcasse animale. Au cours de deux repas au moins, il s’est fait cuire des quartiers de viande et se les est servis en guise de plat principal. Depuis, Armando est surnommé par la presse du Venezuela le « Peintre cannibale ».

Sur le terrain, les enquêteurs sont à l’affût du moindre témoignage. Celui de la mère du peintre leur a sans doute permis de mieux cerner le profil du criminel. « Elle nous a décrit son fils comme un homme à la fois fragile et possessif ayant une aversion profonde pour ses semblables », raconte le commissaire. La description laissée par une ancienne fiancée d’Armando confirme ce « diagnostic » : « c’était un homme doux mais blessé par la vie, assez instable ».

Cependant, tous les témoins sont formels sur un point : le peintre était incapable de la moindre violence verbale ou physique. « Sa mère estime qu’un événement a dû le traumatiser au cours des dernières semaines pour qu’il en vienne à commettre des actes aussi ignobles », prévient le Procureur de la République. « Elle pense que la rupture avec Ernesta a fait déborder la coupe mais n’a pas été l’élément déclencheur de sa crise de folie. »

La police poursuit actuellement ses investigations afin de percer à jour le mystère.

Charles Comman/Otto Lustig

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