La mondialisation dans l’eau

19 11 2008

Un très beau documentaire hier soir sur Arte. Nous étions gâtés.

Avec le système Arte+7, il est désormais possible de revoir les programmes de la chaîne culturelle jusqu’à 7 jours après leur passage à l’antenne. Permettez-moi, donc, de vous recommander « Pour l’amour de l’eau » d’Irena Salina. A compter de ce soir, il vous reste six jour pour le visionner.

Vous trouverez ci-dessous le lien pour voir et revoir ce programme:

http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=2306614,scheduleId=2277786.html

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« Durant trois ans, des États-Unis à l’Afrique du Sud en passant par le Rajasthan et la Bolivie, Irena Salina a interrogé scientifiques, militants écologistes, porte-parole d’entreprises ou simples citoyens pour dresser un constat alarmant. L’eau représente désormais la troisième industrie mondiale après le pétrole et l’électricité, mais son caractère vital et sa raréfaction accélérée vont en faire, à court terme, la première ressource potentielle de profits à la surface du globe. Partout, y compris aux États-Unis, l’accès à l’eau potable est devenu problématique, et trente mille personnes meurent par jour dans le monde faute d’en bénéficier. Dans les bidonvilles des pays pauvres, la privatisation des réseaux, encouragée par la Banque mondiale – au profit notamment de deux multinationales françaises, Vivendi et Suez, et d’une britannique, Thames Water, les trois plus offensives en la matière – exclut un nombre croissant d’habitants, incapables de payer des factures qui ont augmenté brutalement. Et alors que l' »or bleu » excite de plus en plus ouvertement les convoitises, on découvre que le Conseil mondial de l’eau, créé officiellement pour arbitrer entre les intérêts contradictoires des États, des entreprises et des citoyens, est dirigé ouvertement par les représentants de Vivendi, Suez ou Veolia. Aux États-Unis, autre exemple, l’administration républicaine a refusé d’interdire le composant chimique nocif désormais proscrit en Europe, l’atrazine, que l’on retrouve, entre autres, dans l’eau du robinet. Quant à Nestlé et autres vendeurs d’eau en bouteille, ils se livrent à une compétition effrénée pour capter ce marché de plus en plus lucratif, quitte à saccager sources et rivières. »

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Cette présentation a le mérite de résumer assez justement la thèse du film, étayée par des témoignages et preuves visuelles aussi tangibles que déconcertantes. Et à mesure que le film se déroule, on en vient à craindre ces multinationales qui se moquent des frontières comme des Etats et de leurs règles démocratiques. On est aussi amené à voir dans ces dérives, dans cette inhumanité, un signe supplémentaire des dangers inhérents à l’ultra-libéralisme. En terme médical, on parlerait de symptôme.

Vivendi. Suez. Thames Water. Ces immenses conglomérats de l’eau – pardon pour cette lapalissade – font penser au complexe militato-industriel (composé des chefs militaires et de diverses agences gouvernementales ainsi que des responsables de l’industrie de l’armement) contre lequel le Président Eisenhower avait mis en garde son pays.

Sans doute faut-il regarder et juger avec réserve et critiques ces entreprises du secteur de l’eau. Mais il faudra bien, un jour, proposer autre chose qu’un simple contrôle, une régulation du capitalisme ultra-libérale. Pour reprendre la thématique médicale, un médecin ne saurait se contenter d’accompagner ses patients dans leur maladie. Il doit aussi les soigner, les amener à guérir grâce aux remèdes à disposition.

En somme, lutter contre ces multinationales de l’eau et appeler à la mise en place d’une régulation internationale ne rendront pas meilleurs ces entreprises et les gens qui la composent. Dans le contexte actuel de la mondialisation, les Etats ne sont de toute manière plus en capacité d’organiser et d’assurer un contrôle sur ces organisations, si puissantes et diverses et tant dispersées géographiquement et financièrement. D’où d’ailleurs, peut-être – et à mon sens, la crise profonde que traverse actuellement la social-démocratie dont la régulation du capitalisme constitue la pierre angulaire.

Ce qui manque, au fond, c’est, je crois, un peu d’éthique.

Charles Comman/Otto Lustig

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