Un extrait de « L’épidémie »

18 11 2008

Ton vieux père rentrait de son travail englouti par l’alcool, il surgissait dans chaque pièce de l’appartement un fusil de chasse à la main et tuait ta mère et tes trois frères, les uns à la suite des autres d’une balle à bout portant. En tout, tu entendais cinq détonations, une pour chacun de tes frères et deux pour ta mère. Elle seule poussait un cri, assez long, interminable mais interrompu subitement par la seconde déflagration ; les autres restaient étrangement silencieux comme s’ils étaient morts avant même que ton père n’entre en scène.

Tu étais donc le dernier survivant, tu attendais ton tour dans ta chambre, calfeutré sous ta couverture. Tu entendais les pas lourds de ton père qui se rapprochaient au fur et à mesure, le bruit de la poignée et finalement le grincement de la porte. Tu relevais la couverture dans un sursaut de courage pour assumer son regard, pour voir en face sa lâcheté et son désespoir. Mais fidèle à lui-même, il préférait baisser les yeux pour ne pas avoir à t’affronter. Il s’avançait vers toi, chargeait son fusil et le mettait en joue. Alors, pour mériter sa clémence, tu t’avançais vers lui la peur au ventre, tu t’agenouillais et le suppliais les mains jointes en prière tout en lui léchant les bottes.

Otto Lustig

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